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 Du vent dans les montagnes [Libre]


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Nancy'Whiskey

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MessageSujet: Du vent dans les montagnes [Libre]   Lun 21 Juil - 9:00

Quelque part sur le territoire nain, et après avoir passé quelques jours sous terre, trois sorcières pas fâchées de respirer l’air frais se prélassent une dernière fois dans la taverne qui marque l’entrée dans les terres souterraines des mangeurs de graviers… des êtres dynamiques, intelligents, habiles et incroyable qui forme la joyeuse, argh, la très professionnelle et affable communauté naine. Rangez cette hache madame s’il vous plaît… Il faut cependant signaler que la monnaie que les sorcières ont donnés pour payer les services dont elles avaient besoin a subitement disparu au matin…

« Nan’, c’est l’heure de partir. Tante nan’, s’il vous plaît. »
Tante Nan ouvrit un œil fatigué. Complètement affalée sur la table de la taverne, elle se demandait bien pourquoi Sinsi n’arrivait pas à se résoudre à boire. Cette gamine, c’était la droiture incarnée, on aurait pu s’en servir comme hampe à drapeau. Et la droiture embêtait Tatie Nan’, quand le reste du monde tournoyait avec elle.

L’atmosphère de la taverne était toute enfumée. Le tabac et les herbes embaumaient la pièce où les nains criaient et jouaient aux cartes en éructant bruyamment. Ils étaient plutôt sympathiques et bon enfant. Ils avaient à peine sortis nonchalamment leurs haches, l’air de rien, quand Sinsi avait demandé un « petit » verre pour Tatie nan’ et un « demi » pour Mémé Kagouince. Il avait suffi d’expliquer à Sin’ qu’ici, employer des noms et des adjectifs en rapport avec la petitesse pouvaient engendrer des problèmes de taille, et tout était rentré dans l’ordre. Le tenancier avait même apporté un bol de cacahuètes avec les consos, et Nan’ appréciait ça. Dommage que leurs services si bons avec les balais soient si chers, mais ça restait un des rares domaines où ils surpassaient encore toutes les autres races réunies. Sous la voûte caverneuse, on entendait un groupe de bardes nains chanter « la mine de McMullan » une belle chanson sur des minerais éclatants et de l’or bien acquis. Les (très nombreux) verres vides avaient commencé à rouler par terre et fort heureusement le tenancier prévoyant avait-il prévu une couche de paille à même le sol pour amortir les chutes et permettre aux clients trop pressés ou trop lents de redistribuer leurs consommations. Mais Nan’ était fatiguée. Elle voulait dormir, et arrêter d’entendre Kagouince se plaindre de la musique trop forte ou de la bière trop fraîche.

Mais un petit diablotin rouge lui tira sur la robe « zêtes-y la dame Whisky ?
-Whiskey mon garçon, c’pas distilillé dans les mêmes aquam…, abalam…, bicam…, au même endroit; mais j’el bois t’pareireil ajouta-t-elle, claquant des doigts pour dissiper son ivresse par magie.
- Y a un individu dehors qui veut vous voir.
-Un homme ? Et qu’est-ce qu’il veut ?
-Euh… il vous convie à partager votre science avec lui.
-Oh, l’ a dit ça hein ?
- Euh… presque, concéda le lutin toujours prêt à une bonne rigolade, ses mots exacts étaient « dites à ses vieilles croquigouille à poils longs que je les veux ici ‘lico presse-tôt. Et si elles n’ont pas le pognon pour la réparation des balais, la vidange des pailles usées et l’entretien, je vais me plaindre en haut lieu !
- Ah oui ? Beh moi j’bouge pas, mon bonhomme, et pis mes consœurs non plus. On peut pas vraiment s'plaindre en haut lieu sous les montagnes de toutes façons, rajouta-t-elle en chuchotant et en espérant que personne n'entende»
Le lutin, à ces mots, sourit de plus belle « prenez vos affaires », ajouta-t-il, et sans plus de cérémonie, il sauta sur la table puis sur le chapeau de Tatie et cria d’une voix de vieille nasillarde : « Vous pourriez pas jouer « Jean Petit qui danse » ? C’est ma chanson préférée ! »
A ces mots, un lourd silence de plomb s’abattit sur la salle, seulement perturbé par les bruits du raclement du métal sur les tables en pierre.
« Euh, ahah, pardon, j’suis désolé, j’ai pu toute ma tête ohlala. Enfin on va y aller nous hein ? On a sûrement pleins de vaches dans la région qui veulent mettre ba… qui accouche en ce moment.

Et sans demander leurs restes, les trois sorcières s’éclipsèrent comme des ombres. Non sans emporter une bouteille de gnôle, bien entendu.

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Nancy'Whiskey

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MessageSujet: Re: Du vent dans les montagnes [Libre]   Lun 21 Juil - 9:50

« On n’était pas obligées, maîtresse Kagouince.
- Et eux ils n’étaient pas obligés de nous jeter des trucs pointus.
- Mais Tatie venait de dire de « baisser » d’un ton !
- Oh et ça donne des leçons hein ? Ma fille, c’toi qu’a commencé avec tes demis et tes petites consommations je te signale.
- Mais enfin Mémé je ne savais pas moi, zut ! Vous me dites d’aller vous chercher à boire
- Et résultat t’as cherché les emmerdes, voilà.
- Mais Mémé,…
- Mais rien du tout, une sorcière trouve pas d’excuses parce qu’une sorcière s’excuse de rien ; on est les gardiennes de la vie, pas des bergères sans vertus. Sauf toi Tatie ‘videmment.
- Eh Mémé, j'étais pas dans la discussion, ne commence pas à me faire des compliments pareils, j’ai pu mes trente-sept ans. Même si y avait deux trois beaux gamins, j’dois y dire.
- Oui, enfin commencer à siffloter Jean Petit qui danse en partant c’était pas une bonne idée, maîtresse Whiskey.
- Roh ça va, sont susceptibles aussi, le diablotin me l'avait foutu dans la tête. Pis ils ‘mont lancé un trognon de pomme je te signale. Une sacrilège ça. Il restait encore de la bouffe exploitable dessus.
- Oui, enfin, cramer l’entrée, c’était un peu lourd comme châtiment ; HEIN MEME !
- On ne me rabroue pas comme ça ma fille. C’était qu’un petit tour de magie pour leur rappeler qui on est.
- Qui on est ? Qui on est ? Et ben heureusement que personne a vu la boule de soufre et d’amadou que t’as enflammé en le faisant passer pour une boule de feu !
- La porte a cramé c’est le principal. Pis le feu, c’tait bien d’la magie non ?
- T’as utilisé une allumette Mémé, j’t’ai vue.
- Et alors, et alors. Un accident regrettable, voilà.
- Voilà. Farpaitement.
- Bon. »


Après une pause, Sinsi reprit, un peu calmée :
« J’imagine qu’aucune de vous va aller s’excuser.
- Non.
- Bon. Beh je pense que pour trouver un guide jusqu’à la caverne des trolls qui terrorisent la région, va falloir compter sur autre chose.
- On n’a pas besoin d’autre chose. J’ai mon oiseau.
- Il ne vole pas, Tatie.
- Il plane.
- NON ! Non, merde, Tatie ton piaf il vole pas. J’en ai marre. Marre ! marre de vous et de votre dédain pourri pour tout le monde, comme si vous étiez les maîtresses des lieux ! On respecte la vie, on respecte les gens ! Et on respecte ses souhaits ! Je me casse, allez crever.
- Mais on va se débrouiller Sinsi…
- QUE DALLE. Vous vous débrouillez. Moi je me casse.
- C’est ça part devant, commence à chercher. Moi je fais le thé et j’arrive.
- Mais ZUUUUTeuh voilà ! »

Sur ces mots, Sinsi Pide partit en serrant les poings. Mémé Kagouince continua à surveiller le thé, l’air de dire « elle reviendra de toute façon, et puis j’en ai rien à foutre. ». Diplomate, Tatie Whiskey reprit, en débouchant sa bouteille de cognac et s’en servant un godet confortable : « on n’aurait p’têt pas dû Mémé. Les nains, ils risquent de faire des amalgames et d’en vouloir aux humains. Et puis, on considère p’têt pas assez Sinsi’. Elle fait des progrès tu sais. L’autre jour, après l’attaque du gorille des glaces sur le village, elle a soigné la vieille Louvois, et c’était pas gagné.
- Peuh, c’tait facile.
- Il lui manquait un bras quand même.
- Et alors, on a eu pire
- Et la tête, Mémé.
- Bon. Un cas pas mal, je le concède. Mais qui n’a jamais fait ça.
- Elle est presque prête Mémé, faudra bien qu’on la laisse partir un jour.
- L’est déjà partie, m’est avis, Tatie. On devrait aller voir, c’pas très sur les montagnes et les routes, surtout la nuit. Alors une route de montagne… »

Les vieilles sorcières prirent leurs tasses de thé et entamèrent leurs marches. Elles ne marchèrent pas longtemps. Les traces étaient fraîches, et parmi les bruits nocturnes, parmi les grillons, couinements et autres hululements familiers, on entendait distinctement les appels au secours.
« Ah pas mal comme technique ma fille, j’avoue. Tomber directement dans le piège troll, c’est pas mal. On va aller se mettre en embuscade alors. Mais tu devrais crier plus fort, il t’entendra pas s’il pionce. M’est avis qu’il doit pioncer remarque, vu le nombre de squelettes qui t’accompagnent dans cette fosse. Il a pas l’air de manquer de bouffe mais il se fait des grignotages sur place.
- Sortez-moi de là !
- Non, l’occas’ est trop belle, répondit Mémé en tordant son visage en un sourire lugubre. Non, nous, on va aller se cacher dans un arbre pas loin. Ou sous un caillou. Fin bref. Et oublie pas, il doit nous emmener à son repère hein. Alors crie bien fort mais te débats pas trop, qu’il se dise qu’il a un super fricthi à emporter. Sinon, il va juste te becqueter, avec les habits et tout le reste. Et ce serait dommage de gâcher un si beau tissu.
- Tatie, vous allez me tirer de là c’est un ordre !
- Roh, bon, mais t’es vraiment une trouillarde. »
Nancy s’approcha du bord et tendit son balai. Au prix d’efforts considérables, l’apprentie s’y accrocha du bout des doigts, en larmes, et demanda « remontez-moi ! S’il vous plaît !
- Mémé, donnes moi un coup de main, tu veux.
- hmmmpf. Tas de feignasses. »

Le choc fut intense, et bientôt Une vieille octogénaire et une jeune apprentie sorcière se retrouvèrent à battre des jambes la tête en bas pendue à un arbre, le balai tombé au sol semblant se moquer d’eux.
« Mémé, fit une tatie toujours diplomate, j’apprécie quand t’utilises tes grands pouvoirs pour nous prouver que t'es la meilleure, et la lévitation c’était une bonne idée. Mais t’aurais pu prévoir une montée moins brusque et puis surtout, disons, une redescente!
- Pfiou. Jamais contente. Et là c’est mieux.
- Parfait, merci. Mais, Mémé ?
- Oui ?
- A force de se discuter on a dû faire pas mal de bruits, ça a pu attirer les trolls qu’on cherche, non ?
- C’est ton flair d’enquêtrice ou ton piaf qui pue qui te dit ça ?
- Aucun des deux, mais plutôt le fait qu’il y en ait un juste au-dessus de toi. Il va bientôt te baver sur la tête.
- Oh. Il est grand ?
- C’est un troll Mémé. Ça écrabouille des daims d’un seul coup de poings tu sais.
- Certes.
- Je propose qu’on se carapate.
- Excellente idée ma fille. en plus, il sent pas très bon
- Voilà, voilà.
- Très bien.»

Mais la fuite tourna court. Après une lutte aussi brève qu’inutile, les trois sorcières se retrouvèrent liées à un tronc d’arbre et emportées vers une destination inconnue…

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Nancy'Whiskey

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MessageSujet: Re: Du vent dans les montagnes [Libre]   Mer 20 Aoû - 17:15

Tante Nan entrouvrit un œil prudent, très légèrement, et essaya de se repasser les évènements. Bon, une famille de trolls les avait assommés et traînés dans leurs tanières. Ce qui voulait dire que bientôt elles seraient mortes, dépecées et transformées en ragoût, en bouillie, en religieuse ou quoique ce soit. Tatie frémit à l'idée d'être transformée en religieuse: c'pas qu'elle n'aimait pas les gâteaux, mais l'idée de finir sous la forme d'un être qui ne forniquait jamais l'horrifiait. Et puis surtout, Tatie était sobre. Ça c’était un vrai problème. A côté d’elle, la plus jeune gémit et Mémé jura. A l’idée que Mémé allait se mettre en colère, Nancy eut presque un instant de pitié pour les trolls.

Au loin on entendait les pleurs d’un enfant. Elle leva les yeux aux ciels. Y avait toujours une chiourme qui criait partout. Quand bien même elles se retrouveraient dans une autre dimension il y aurait sûrement un vieux tas de poils et de flan qui émettrait des sons plaintifs.

Brusquement un grand troll s’approcha d’eux. Enfin grand troll est un peu débile, un troll est forcément grand. Mais disons que ça fait toujours mieux que « Bill, entre 3m et 3m15, peau grise, bien fait de sa personne, jeune sportif et absolument pas cultivé, chasseur de son état, propriétaire et en recherche d’une jeune femme pour amourette et plus si affinités s’approcha d’eux » alors on va dire « un grand troll », et cessez de râler quand les auteurs font preuve de peu d’imagination. Mémé prit une inspiration pour commencer une diatribe verbale de type « le jeu des sept famille des mots vulgaires » et Sinsi sanglotait. Tante Nan prit de vitesse Mémé, persuadée qu’elles s’en sortiraient mieux si elles ne froissaient pas le propriétaire des lieux.
« Bon alors, qu’est-ce qu’on fout là jeune ho… jeune forme siliceuse de vie. Ce n’est pas vraiment des façons de traiter des dames vous savez. Alors voilà déjà vous allez me passer ma bouteille qui est adossé au rocher là, merci bien, et mon chapeau. Après vous allez faire chauffer du thé et sortir vos meilleurs petits gâteaux et il n’y aura pas de bobos. »
Le troll la regarda, incrédule. Puis il découvrit toute une rangée de dents coupantes et tranchantes en silex dans une tentative de sourire et agita nonchalamment sa main :
« Güh. Graouh. Manger. Potage. »

Pfiou, encore un débile. Bon on allait passer à la phase deux. Enfin, Nancy n’avait pas de phase deux. Mais elle trouvait cette phrase super classe alors elle allait trouver un plan B et l’exécuter. Voilà. Elle s’approcha du troll, le dépassa au pas, comme si tout allait très bien, récupéra sa bouteille entre ses mains liées, bouteille qu’elle ouvrit d’un coup sec avec ses dents et avala une longue gorgée, bientôt suivie de beaucoup d’autres. Enfin elle s’approcha d’une sorte de mini cratère dans le sol ou bouillait déjà de l’eau chaude et des restes de viscères d’elle ne savait quoi. Bizarre parce que de ce qu’elle savait les trolls ne mangeait pas vraiment de soupe. Elle entendit à nouveau les cris qui reprirent à un rythme accru. Elle avança une hypothèse :
« Vous avez un enfant ici. Un gosse qui n’a pas encore fait toutes ses dents, et c’est un moment qui ne se passe pas comme prévu, je me trompe ? »
Le troll lui fit un sourire gêné, un sourire qui s’il n’en était pas moins effrayant, était la représentation typique inter-espèce du père de famille solitaire qui ne sait pas trop comment ça marche toutes ces choses miniatures qu’on appelle des enfants. Nancy leva encore une fois les yeux au ciel, réfléchit un instant puis cria alors qu’une nouvelle lueur illuminait son regard :
« Sinsi !
- Quoi, lui répondit une voix hachée de reniflements.
- Sinsi ma fille, arrête de chialer et va nous préparer un baume de gencive pour bébé tu veux. Et si machin fait signe de protester, dit-elle en regardant le troll, je voudrais que Mémé lui fasse passer l’envie de recommencer, voire de respirer. »
Le troll ahuri, qui comprenait seulement à peu près ce qu’il se passait, mit une longue minute à réfléchir puis signala qu’il était vaincu. Même lui ne pouvait ignorer les talents des sorcières pour les enfants et toute ces choses et sa situation de père seul au foyer avec un bébé le laissait dans un état de faiblesse et d’ignorance inconnu jusqu’alors. Il se fit presque suppliant :
« Güh. Aider. Enfant. Kawan.
- Sympathique prénom. Sinsi, coupe tes liens sur une pierre et va chercher de quoi faire ce baume. Et oublie pas que si tu te goure on est mortes, alors surtout te met la pression parce qu’on risque de finir avec nos intestins noués autour d’un bâton. Mémé, nous on va chercher des baies et des carottes, des tubercules et des betteraves sauvages, enfin tout ce qui ressemble à un légume. Et pas de discussion s’il te plaît, on est assez dans la merde. ».
Mémé kagouince grogna mais sortit de la grotte, escorté par un troll suspicieux et Nancy dut trotter pour rester à sa hauteur.

Elles entreprirent de collecter tout ce qu’elle pouvait, ce qui n’était pas très difficile vu que les animaux qui d’habitude mange ce genre de trucs avait tous filé ou s’était tous fait becqueter par l’espèce de gros machin ventripotent qui les suivait.
« Mais qu’est-ce qu’on fout, vieille bique. T’as un plan ou j’m’appelle pas Mémé Kagouince.
- T'as tout compris Mémé. On va aider ce pauvre gamin déjà ; pis on va doucement leur expliquer que leur régime alimentaire n’est pas adapté.
- Tu veux essayer de transformer des mangeurs d’hommes en végétarien ? Mais t’es complètement fêlée, ça marchera jamais !
- T’as une meilleure idée ?
- Une tite boule de feu et…
- Non Mémé on ne peut pas le buter, l’enfant y survivrait pas. A moins que t’ai envie de t’occuper d’un bébé troll dans ta cahutte trop petite jusqu’à ce qu’il atteigne sa maturité ? Et en plus on parle pas de gigoter des bras. Tu pourrais peut-être vaincre un troll, mais peut-être pas.
- Hmmmpf, fit une Mémé qui devait se rendre à l’évidence.
- Et puis, ajouta une Tatie qui savait très bien comment fonctionnait sa bonne amie de vieille peau, même toi tu l’as dit on ne peut pas faire changer de régime à un troll. Même moi, même toi, alors autant se préparer à mourir.
- Je peux faire ce que je veux Nancy.
- Mais oui Mémé.
- Tu vas voir.
- J’demande que ça. »
Mémé ramassa rageusement un tubercule qui devait sûrement se demander pourquoi bon dieu cette bonne femme avait autant de haine pour les pommes de terre plus petites qu’elle. Enfin, chargée de tout un tas de légumineuses et de baies, elles entreprirent de regagner la grotte ou Sinsi broyait déjà des ingrédients mystérieux sur un rocher plat en bougonnant à voix basse, ingrédients qu’elle mélangeait dans une pâte qu’elle avait récupérée dans une boîte dissimulée dans ses habits. De petits arcs électriques violet courait sous ses pieds, signe qu’elle était très agitée et que la contrée magique, si elle avait été une personne, aurait pas tardé à se taper un sacré mal de crâne à force d’emmagasiner toute cette énergie négative. Sans attendre Mémé et Tatie vidèrent le cratère, y remirent de l’eau qui coulait par un trou dans le plafond, ce qui était plutôt ingénieux pour un troll soit dit en passant, et coupèrent menu les légumes. Mémé, piquée au vif, se surpassait. Elles broyèrent les baies et les ajoutèrent à l’eau, avec les légumes et les pommes de terre coupée, puis elles mélangèrent longuement la mixture sous les yeux vaguement inquiets et curieux de leur hôtes féroces mais complètement abruti.
« Amenez votre enfant vous voulez bien ? »

Pendant qu’un troll ahuri et penaud obéissait à des vieilles biques complètement cinglées qu’il aurait sans mal écrasé en une minute, Nancy sortit sa bouteille et la vida d’un trait dans la mixture, à l’abri du regard de leur geôlier; elle résista difficilement à l'envie d'en boire une goutte au passage, mais un simple regard de Mémé la dégrisa d'un coup. Elle récupéra ensuite sa blague à tabac dans son chapeau, caressa son petit oiseau, l’ouvrit puis, pensive, y récupéra la petite boule d’opium 1er choix qu’elle gardait précieusement pour ses petites soirées ou il faisait bon dormir une journée entière pour ne pas sentir ses vieux os. Avec un petit « gloup » accusateur, la boule disparut dans le bouillon. Y suivirent tout un tas de petits sachets d’herbes qui, s’ils avaient étés consommés par une personne parfaitement normale, lui aurait sûrement provoqué tout un tas de visions et de perceptions étranges et parfaitement pas normales du tout. Mémé la regardait, un soupçon de cruauté dans le regard :
« Et bah ma vieille, s’il en réchappe de celle-ci, j’veux bien manger ma baguette.
- T'as pas de baguette Mémé. C’un troll, je ne sais absolument pas comment ça va fonctionner. Y a pas beaucoup de sorcières qu’on côtoyé longuement les trolls ; mettons, plus longtemps qu’un repas et qu’un cycle de digestion quoi.
- Y avait Moraine. Et Améthyste.
- C’était elle-même des trolls des cavernes Mémé, et des modèles gros calibres, avec du lichen qui leur poussait sur le menton. Et en plus elles soignaient les infections de leurs congénères en leur tapant dessus et en braillant des imprécations salaces.
- Ça marchait remarque.
- Seulement parce que les trolls cessaient de se plaindre de peur qu’elles reviennent.
- De vrais sorcières quoi.
- C’est vrai. Attention, il revient. »
Le troll tenait délicatement dans ses bras, bras qui aurait pu sans peine décapiter une vache, un humanoïde d’environ 1 mètre qui sanglotait. Immédiatement Sinsi s’affaira autour de lui. Elle avait toujours eu un faible pour les bébés, ce qui était aussi une des raisons pour laquelle Tatie l’adorait : pendant que Sinsi s’en occupait la plupart du temps, Nancy n’avait qu’à attendre sagement en buvant des tequilas et du cognac en se demandant pourquoi les dieux avaient puni les hommes en leurs faisant faire des enfants braillards et maladroits qui avaient tout le temps la goutte au nez et les fesses pleines de terre.

Sinsi chatouillait gaiement le bébé qui cessait de pleurer, trop éberlué pour savoir quelle réaction il devait adopter. C’était sûrement la première fois qu’il –ou elle se corrigea Tatie après un coup d’oeil- voyait des humains, mais elle devait instinctivement savoir que d’habitude les êtres qui le pouvait fuyait devant les êtres de son espèce plutôt que de leurs faire des « gouzis gouzis » en bavant partout. Finalement, irrité, le père posa son enfant sur une roche plate et, un regard noir sur Sinsi qui comprenait à présent que tout le monde n’élevait pas ses mômes de la même façon, indiqua le baume. Sans un mot, Sinsi le prit et en mit généreusement sur la bouche du bébé qui se mit à rire, éternuer, et finalement décida d’essayer de manger ses pieds avant de tomber endormi au bout de quelques minutes, la respiration lente et apaisée.

« Il est parfumé à la framboise. Fram-boise. Faut en mettre deux à trois fois tous les jours. Comprenez ? Deux-trois. Par jour. », Fit une Sinsi qui se demandait si elle n’allait pas bientôt faire le repas du gros gugusse visiblement apaisé qui la regardait agiter ses doigts pour compter. Deux-trois. Entre chaque lever de soleil. Il déclara enfin avoir compris d’un simple « Ghaha. » et fit comprendre à Sinsi qu’elle était libre de filer. Comme elle ne bougeait pas et regardait ses infortunées amies, il insista en grognant méchamment. Finalement, avec un signe d’assentiment de ses consœurs, elle sortit en se retournant plusieurs fois.

Alors le troll se tourna vers elle, une faim dévorante dans les yeux. Nancy articule difficilement:
« Mémé, il me faut des sous-vêtements propres je crois.
- T’inquiètes pas, t’auras pu à en mettre longtemps je pense.
- Dommage.
- Ouais. »
Mais alors que le troll s’approchait Tatie attrapa un vieux bol ébréché qui sentait les intestins et qui devait auparavant servir à nourrir le nourrisson édenté et le remplit du bouillon qui continuait de… ben de bouillonner du coup, au fond du petit cratère. Elle dit, prenant des accents convaincants de mère énervée :
« Attendez, vous empestez, et vos dents pourrissent. C’est pas du tout adapté à votre régime que de ne manger que de la viande. Buvez ça. Vous m’en direz des nouvelles. Allez, bois espèce de petit sac de peau mal embouché! J'aurais honte de mes ratiches si j'étais toi, espèce de güh sans cerveau!
-Güh ?
- Quoi Güh, toujours güh c’pas compliqué de faire des phrases bon sang. On vient de sauver votre môme avec notre science alors faites-nous confiance un peu, gros empoté. Bordel, c’’est pas parce que vous êtes un père tout seul que vous pouvez pas aérer un peu on étouffe ici. Et puis il fait sombre. Vous arrivez à peine à vous élever tout seul, y a encore de la morve qui vous coule du nez et vous faites le malin ? ça suffit. Buvez-ca. Tout de suite. »
Le troll, trop éberlué par une petite vieille qui lui donnait brusquement envie de se terrer dans un coin en disant l’équivalent d’un « pardon maman » bredouillant, prit délicatement le bol et l’avala d’un trait. Oui, oui, l’avala. Le bol, et son contenu. Il le mastiqua un peu, émettant des craquements, puis l’ingurgita tout rond.
Il dut trouver ça bon car il se coucha près de l’étendue bouillante et entreprit de boire à grande goulée. Enfin, il dit :
« Bon. » après un instant il rajouta, comme s’il ne comprenait pas vraiment le concept : « mer…six. Mer-six.
- Oh c’est rien, c’est facile à faire et ça vous permettra de varier. Voyez, il vous manque certaines protéi…certains trucs, renonça Tatie (un mot de quatre syllabes, ce serait beaucoup trop, se dit-elle). Ça vous aidera à vous fortifier et ça rajoute du goût. En plus y en a plein autour, alors ça vous évitera pas mal de chasse. Et puis… et dites, vous m’écoutez bon sang ? »
Mais déjà l’opium semblait avoir fait effet, car la respiration du troll était devenue lente et régulière et ses paupières s'étaient closes. Irritée, Tatie se demanda si elle allait lui donner un coup de pieds dans les petits cailloux, mais elle comprit au regard de Mémé qu’il valait mieux filer. Les deux sorcières se faufilèrent donc dehors dans l’air frais de la nuit, ou elles retrouvèrent Sinsi, en particulier parce que celle-ci avait une idée du camouflage à peu près aussi efficace qu’un gilet de sauvetage en fonte. Garni d’éponge rose.
« Faut qu’on y aille.
- Et où ça ? On a que deux balais, et pis moi j’marche pas très vite avec ma canne, glouglouta Tatie entre deux gorgées.
- Tu préfères attendre de voir combien de temps va dormir notre hôte et savoir s’il aime son petit-déjeuner au lit ?
- … c’pas la peine de me parler comme ça Kagouince, fit Tatie d’un air de reproche. Bon on va se serrer un peu sur mon balai. Sinsi, tu pousses au démarrage et pas de renâcleries. ".

Et voici qu’un œil non-averti aurait pu voir trois silhouettes vociférer et injurier copieusement des balais en leur courant après pour leur grimper dessus à la dernière minute, avant de filer sous la lune à la vitesse d’une belette asthmatique en pleine course. Une des silhouettes semblaient patiemment expliquer que "renâcleries" n'existait dans aucun dictionnaire, pendant qu'une autre silhouette plus voûtée avait l'air de s'en foutre éperdument et caressait un truc accroché à son chapeau pointu.

L’air était frais et humide, et les insectes chantaient. Un poète lyrique aurait sûrement dit des trucs du genre : dès que le soleil daignerait apparaître, l’on verrait de jeunes lapereaux s’esbaudir sous les frondaisons précoces d’un automne naissant. Mais c’était pas l’automne, et puis on avait pas le temps pour ses conneries. Parce que ce que verrait un œil non-averti en cet instant, c’est toute une petite troupe d’être de petites taille qui couraient après les sorcières en maugréant et en maudissant à tout va. Ils étaient encore loin, mais qui sait qui allait se fatiguer le plus vite…

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