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 L'éveil des Dragons. (Zürn - Temris Naffylus - Delm Lysheart - Enariel)


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Zürn

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MessageSujet: Re: L'éveil des Dragons. (Zürn - Temris Naffylus - Delm Lysheart - Enariel)   Ven 17 Juin - 18:55

Message de Zürn, elfe-dragon.

Le sang imbibant le manche de son arme le rendait poisseux. Le rouge sombre, presque noir, du liquide vital était déjà en train de coaguler sous ses doigts, tandis qu'Enariel se relevait, pourtant sans souffrir. Il n'avais pas esquivé, mais avait reçu le coup d'épée presque volontairement. Le trou dans son abdomen était tout de même impressionnant, mais cela ne l'empêcha pas de se redresser, fier de lui, laissant Zürn éberlué. Alors que l'Elfe-Démon les exhortait à nouveau sur sa « non-envie » de se battre, l'hybride Elfe-Dragon ignora celui devant lui pour chercher du regard le vrai Enariel, tout en criant :

- Ça suffit Enariel ! Montre toi, et honore ce duel !

Rageusement, Zürn posa à nouveau les yeux sur son ennemi fictif. Illusion. Rien qu'illusion ! Il avait, encore une fois, disparu à sa vue.

« Ce que c'est agaçant... Comment battre quelque chose qui n'est pas réel ? »

Aïedal, faisant irruption dans ses pensées,  tenta alors de calmer mentalement son frère d'âme.

« Une illusion  résulte d'une mauvaise analyse par le système visuel des informations qui lui parviennent. Cette erreur d'analyse peut donc entraîner la perception d'un objet qui n'est pas présent, à l'inverse nous rendre « aveugle » à un objet pourtant présent. Il te suffit donc de reprendre le contrôle de toi même, corriger cette erreur, et ainsi tu pourras ignorer tout ce qui n'est pas réel.

« Ce n'est pas seulement une illusion d'optique. Je le touche, je l'entend. Il est beaucoup plus réel qu'il n'en a l'air.

« Ce n'est que ton cerveau qui perçoit de fausses informations. Ce que tes yeux transmettent à ton cerveau n'est qu'une image. Mais inconsciemment, ton cerveau croit que ce qu'il voit est réel. Aidé certainement par un peu de magie de la part de l'illusionniste, il met des sons et des odeurs sur ces images faussées.

« Alors les blessures que j'ai reçu, ce sang sur mes mains...

« Tu es en parfaite santé, et tes mains ne sont couvertes par rien d'autre que de la poussière et de la sueur. »

En effet, lorsqu'il baissa les yeux sur les doigts qui tenaient encore son arme, Zürn ne discerna aucune trace rouge, ne sentit rien de poisseux entre sa peau et le bois de la poignée. Un petit sourire illumina son visage. Il savait maintenant. Tout était faux. Il le savait, mais le plus dur était à présent d'en convaincre son inconscient. Quand il entendit des incantations dans une langue étrange, il vît Enariel au loin, près de la porte immense. Se concentrant intensément, il chercha à distinguer le vrai du faux. Rien ne disparut. Au contraire. Un portail noir prit forme devant les deux immenses battants de la porte couverte de runes. Portail dans lequel l'Elfe-Démon s'enfonça, effleurant au passage un de ses rebords. Et c'est là que tout s'accéléra. Non seulement ce portail commença à rétrécir, mais il semblait étrangement lié à l'immense porte derrière lui. Elle se refermait également, lentement, sinistrement. Un grondement emplit les oreilles de l'Elfe, tandis qu'une brume venait humidifier son visage soucieux. Le mur gigantesque encerclant la salle tout aussi imposante commençait à relâcher les tonnes de litres d'eau salée.

Zürn chercha désespérément ses amis. Il fallait qu'ils sortent tous d'ici au plus vite. Mais quel passage choisir ? Le portail d'Enariel, ou l'immense porte gravée ? De toute façon, quand l'Elfe vît que ses acolytes n'étaient vraiment pas du tout en état de courir (l'un se rétamant tous les deux mètres, et l'autre piquant une sieste au milieu de reste du Golem), il prit la décision d'empêcher la fermeture des sorties de secours. Si elles étaient bel et bien liées, stopper la progression d'une arrêtera la fermeture de l'autre. Sans perdre plus de temps, il choisit la plus grande, car il aurait moins de difficulté avec celle la qu'avec le portail magique.

Mettant toute sa magie dans son poing droit, qu'il avait déjà préparé avant le combat avec Enariel, il lança de toute ses force son arme en direction des deux battants. L'épée courbe s'envola, décrivit une légère courbe descendante, passa tout juste au dessus du passage noir, et franchit le seuil de la grotte. C'est précisément à ce moment là, lorsque le manche en bois de l'arme se trouva pile poil au centre de l'édifice que Zürn déchargea toute son énergie pour être le plus rapide possible.

En tout juste assez de temps pour cligner des yeux deux ou trois fois, il avait modifié la structure moléculaire du végétal qu'était la poignée de la lame courbe. Il ne chercha pas à l'ignifuger, comme il aimait le faire assez souvent. Il ne chercha pas à non plus à en faire du bois flotté, ni même en changer la couleur, le poids, l'élasticité ou encore son taux de réflexion de la lumière. Tout cela, il en était capable, avec n'importe quel végétal. Mais là, il se contenta de rendre le bois extrêmement dur. Se basant sur les connaissances qu'il avait acquis grâce à Aïedal, le durcissement s'éleva au niveau du diamant. Aussi dur que ce métal précieux.

Une fois cela réalisé, il fît jaillir de droite et gauche du manche deux immenses poutres de bois. Celles ci vinrent percuter à l'horizontale les deux portes, exerçant sur chacune d'elles une pression équivalente à la force du battant opposé. Il rajouta par sécurité deux autres piliers tout aussi gros à la diagonale. Ils vinrent se placer à la jonction du sol et de la porte, sur chacune d'elles, toujours en partant du manche blanc. Enfin, pour ne pas que cet édifice ne se relève vers le haut, il fit pousser une autre poutre qui s'appuya sur le plafond. Le tout formait une sorte d'étoile à cinq branche, en beaucoup plus expédié, bâclé.

La progression des deux sorties s'était arrêtée. Les battants ne bougeaient plus. Zürn alla récupérer le katana non loin de lui, se concentra sur son pouvoir, et fît éjecter magiquement loin en arrière sa lame courbe de l'édifice. Le trou qu'elle avait laissée dedans se referma tandis que l'Elfe la ramassa. Un dernier coup de magie, et la poignée reprit sa forme originale. Il devrait bientôt « recharger » son arme en bois, car à force d'en prendre pour son pouvoir, même s'il pouvait l'étirer presque à l'infini, il devait en sacrifier une partie à chaque fois.

Soupirant, rengainant ses lames, il voulu aller prendre soin de ses amis, lorsqu'un craquement sinistre retentit. Les portes exerçaient beaucoup trop de pression sur les poutres. Malgré l'aspect solide de l'édifice, il n'allait finalement pas tenir. Là, Zürn paniqua. Il devait faire quelque chose de plus. Mais il avait trop utilisé de pouvoir. Il ne pouvait se permettre de créer plus de bois, cela l'aurait trop affaiblit, et il aurait finit noyé comme Delm, en dormant profondément.

Il se retourna une nouvelle fois en direction de leur salue qui ne semblait pas vouloir d'eux. Se mît à courir. Posa les mains au sol avec les jambes repliés sur son torse, et, s'aidant de l'élan de sa course, se projeta en avant tout en criant. Deux secondes après, il avait parcouru toute la distance qui le séparait des portes. Son cri s'était transformé en rugissement assourdissant. Ses ailes l'avait poussé en deux battements secs. Ses pattes immenses ébranlèrent le sol alors qu'il atterrissait et avec un claquement de queue, il passa sa tête sous la poutre horizontale de droite. Il plaqua son long cou draconique contre le battant, planta ses griffes dans le sol, et poussa de toutes ses forces. Gémissant sous l'effort, il parvint à crier :

- Temriiis !! Humf ! Relève toi ! Emmène Delm, sortez d'ici !!

Un autre grincement sinistre retentit alors qu'un des piliers cédait. La porte se referma brusquement de quelques centimètres, repoussant le Dragon. Les traces de griffure profonde qu'il laissa dans le sol furent aussitôt noyées sous les trombes d'eau qui s'abattirent sur les bords du gouffres. Mettant toute sa rage contre ses fichues portes, il donna un coup d'épaule et poussa encore plus fort.

- C'est vraiment... Humpf! Les portes... Urg ! De l'enfer cette connerie !!! Arrrg !

Il entendit derrière lui des bruits de sabot, comme si Temris s'était mis à courir. Mais autre chose attira son attention. Un rugissement digne des créatures les plus dangereuses lui parvint des profondeurs ténébreuses lui faisant face. Une lueur rougeoyante accompagna la surprise qui se dépeignit sous les écailles d'Aïedal, puis des frissons de peur les firent se dresser légèrement. Il avait reconnu ce cri. Même assourdit par l'eau lui frappant le crâne de plein fouet, il redoutait ce qu'il allait voir. Plus près cette fois, le hurlement emplit de haine et de colère fît vibrer l'air. La lumière rouge éclaira la caverne. Avec des crépitements furieux, des flammes apparurent dans la courbe que formait un mur au loin. D'autres s'élevèrent et vinrent se poser un peu plus à gauche. Un torse se dessina vaguement avec des centaines de flammèches. Deux yeux presque blanc, comme du métal en fusion, se posèrent sur le Dragon. Un fouet monumental s'écrasa au sol. La créature faite de Ténèbres et de Feu rugit à nouveau. Il restait une bonne trentaine de mètres entre Aïedal et lui, mais le Dragon ressentit vraiment bien la chaleur qui se dégageait du cri. Il vît même de l'eau glacée s'évaporer devant ses yeux. L'esprit de l'Elfe ne savait pas vraiment ce que c'était, mais Aïedal, le Dragon, lui, savait très bien ce à quoi il avait affaire, pour en avoir combattu un il y a des dizaines d'années.

- Je ne pensais pas être aussi proche de la vérité en disant que c'était la porte des Enfers...

Posant un nouveau pied de flamme au sol, lentement, brandissant sa hache, le Balrog avança.
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Temris Naffylus

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MessageSujet: Re: L'éveil des Dragons. (Zürn - Temris Naffylus - Delm Lysheart - Enariel)   Sam 2 Juil - 12:17

[HRP : Désolé du retard, mais j’ai été mal informé (par Zürn pour ne citer personne ^^)]

Alors que Temris arrivait assez près du passage, l’arme de Zürn lui frôla la tête. Le centaure s’arrêta net.

- Mais ça va pas ?!? lança-t-il à l’elfe sans plus se soucier de sa course.

Puis l’elfe déclencha son pouvoir. Il paraissait déjà bizarre de loin (le pouvoir hein, pas l’elfe… quoique…), mais c’était pire de près ! Au moins la fermeture de la porte s’était arrêtée. Temris souffla un bon coup.

- Et un problème de réglé ! Bien joué Zürn !

Il se retourna et vit Delm qui était une nouvelle fois effondré au sol.

*Pfff… Va pas falloir que ça devienne une habitude !*

Il se dirigea lentement vers son ami pour le transporter. Maintenant, quelque soit le lieu où les amènerait le passage, ils pouvaient sortir !
Un craquement soudain fit déchanter le centaure.
Il regarda la porte et les poutres la gardant ouverte.

*Oh oh… Là on est mal…*

Des fissures s’étaient formées sur les morceaux de bois.
Zürn avait réagi très vite : il avait laissé place à Aïedal et s’était positionné en travers de la porte pour la maintenir ouverte. Il tenta ensuite d’articuler quelque chose :

- Temriiis !! Humf ! Relève toi ! Emmène Delm, sortez d'ici !!
- J’y travaille ! J’y travaille ! avait alors répondu le principal concerné.

Termis parcourut le reste de la distance qui le séparait de Delm au galop, le positionna rapidement sur son dos et repartit aussi vite en sens inverse.

- C'est vraiment... Humpf! Les portes... Urg ! De l'enfer cette connerie !!! Arrrg !
- C’est pas le moment de faire de l’humour !

Il faudrait trouver un moyen de passer cette porte sans laisser Aïedal en arrière. Une méthode simple, efficace, ayant déjà fait ses preuves s’imposa à l’esprit de Temris.
Tout en continuant sa course il prit sa forme draconique. Il s’assura ensuite que Delm était toujours là et il commença à mettre en place son plan. Il battit légèrement des ailes, de telle sorte à accélérer sa course sans le faire s’envoler. Et il fonça droit sur Aïedal.
Les trombes d’eau qu’il prenait sur la figure à chaque foulée le ralentissaient, mais il continuait à avancer. Ses ailes et sa queue l'équilibraient et l'empêchaient de trébucher à nouveau.

Il entra en collision avec l’autre dragon.
Un instant, tout tournoya. Puis plus rien.
Temris rouvrit les yeux un à un.

- On est vivants ?

Il regarda à gauche : Delm se retrouvait par terre. A droite à moitié affalé sous lui : Aïedal qui ne manquerait sans doute pas de lui lancer un regard noir dans les quelques prochaines secondes. Derrière : un reste de passage qui s’effaçait déjà. Devant : un Balrog.

- Un Balrog ? Est-ce qu’on peut s’inquiéter maintenant ?

Temris se releva. Lorsqu’il quitta l’effrayante créature des yeux, il aperçut au loin la silhouette de leur précédent ennemi.

- Bon, vous vous occupez du grand et moi du petit ! Non, plus sérieusement, qu’est-ce qu’on fait ? Et puis d’abord où on est ? ‘Va encore falloir se battre…

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Zürn

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MessageSujet: Re: L'éveil des Dragons. (Zürn - Temris Naffylus - Delm Lysheart - Enariel)   Mar 19 Juil - 17:14

Message de Zürn, elfe-dragon.

Spoiler:
 

La roche irrégulière, d'un noir profond, s'étalait à l'infini. Elle formait un boyau qui s'étirait sous les confins de l'Océan. Malgré les Ténèbres de la caverne, une lueur phosphorescente bleutée émanait de quelques cristaux encastrés dans la roche, autour desquels tournoyaient de rares insectes volants. Cette émanation naturelle de lumière faisait ressortir d'étranges gravures incrustées sur les parois en dessinant leurs contours lugubrement. Personne n'aurait pu dire ce que signifiaient ces dessins primitifs, gravés là par une peuplade éteinte depuis longtemps. D'ici de là, il s'agissait plus de sculpture que de ciselure. Des têtes difformes prenaient naissance dans la roche et tendaient leur cou grossier vers l'entrée maintenant bouchée du tunnel, comme pour inciter quiconque ose pénétrer en ces lieux de faire demi tour.
La présence d'une quantité incommensurable d'eau quelques mètres au dessus des pierres exerçait sur elles une telle pression qu'elles en suintaient de toute part, avec un petit clapotis régulier. L'humidité régnante avait fait pousser des tapis de mousse et de champignons gros comme le poing, qui laissaient échapper une odeur tenace de moisissure. A cette atmosphère venait s'ajouter une chaleur écrasante, de même que celles qui précèdent un orage particulièrement violent. La température augmentait considérablement si on s'éloignait du sol. Plus on se rapprochait de la voûte naturelle, plus l'odeur et l'humidité devenaient également insupportables. Et pourtant, la grotte ne dépassait pas les vingt mètres de diamètre. Elle n'était cependant pas tout à fait ronde. Le sol avait recueillit au fil des ans tous les débris de roche du plafond et des murs, pour finir recouvert par une bonne couche de poussière, qui, hydratée constamment par l'eau ruisselante, avait finie par colmater les espaces vides en formant une sorte de béton de pierre. Le rendu n'était pas particulièrement lisse, mais facilement accessible.
Lorsque le Balrog avança plus près de l'entrée de la grotte, son pied recouvert de flammes fît chuinter les quelques végétaux, et une vapeur s'éleva dans les airs, rendant l'atmosphère un peu plus irrespirable. La lumière vive qu'apporta le feu de cette créature se prit soudain dans les gravures de la pierre, jouant un instant avec le bleu phosphorescent, se noyant en lui, inondant de violet les visages sans expressions des statues, puis le rouge ardent gagna la lutte, faisant pâlir les roches de lumière. Les insectes changèrent subitement de direction et voletèrent sans grande intelligence vers ce feu démoniaque. Leur grésillement alors qu'elles brûlaient vives, fut couvert par le claquement de fouet qui laissa une marque profonde, rougeoyante, dans le sol à quelques centimètres du Dragon le plus proche. Alors que les dernières cendres des insectes immolés touchaient terre, la roche en fusion reprit sa couleur noire tandis que la fissure créée par l'arme du Balrog refroidissait.

La beauté de ce spectacle de lumière échappa totalement à Aïedal, qui était en ce moment occupé à compter les chandelles qui lui tournaient autour. Sa tête bourdonnait violemment, et reprendre son équilibre était pour l'instant impossible, ceci étant dû plus à l'amas de viande gigotant qui le recouvrait qu'à un problème de stabilité. L'amas de viande en question, Temris, avait bien faillit le tuer. Si chacun d'eux avait étés sous leur forme non draconique, le Centaure aurait facilement brisé quelques vertèbres de l'Efle. Une chance que ce soit Aïedal qui reçu le coup, et non Zürn. La force qu'avait mit Temris dans ce geste désespéré leur avait sauvé la vie, à tout trois. Pour l'instant.

Un mugissement amplifié par l'absence d'ouverture de la grotte assourdit les deux Dragons. Hébété, Aïedal regarda le monstre de Feu et de Ténèbres avancer, menaçant, faisant claquer son fouet non loin de la gueule du Dragon vert. Se fût le déclic. D'une secousse, il repoussa l'imposante bestiole qui le recouvrait à moitié sur sa gauche, roula difficilement sur lui même en s'écorchant l'aile droite au passage et y laissant un trou dans la membrane, évita Delm, toujours endormi, et parvient enfin à se remettre sur ses pattes. Une quinzaine de mètres plus loin, le Balrog ramenait son bras en arrière, faisant voler le fouet de braise, afin de porter un nouveau coup. Instinctivement, Aïedal déploya son long cou en avant et cracha une imposante colonne de flammes. Celles ci léchèrent le bras mit en protection de l'adversaire, sans pour autant lui causer de dégâts. Le Feu ne brûle pas le Feu.

De son côté, Temris s'était également relevé. D'abord hésitant, il fît quelques pas en arrière. Ses écailles frémirent alors qu'il discernait une nouvelle fois le Balrog entre les flammes majestueuses d'Aïedal, puis sans plus attendre, il chercha un moyen de s'échapper. Impossible par derrière, les deux battants immenses étant fermés. Ayant également 90% de chance que l'Océan est repris sa place au dehors, ils n'allaient pas non plus essayer de forcer la porte. Avisant un recoin plus sombre que les autres quelques mètres devant lui, entre le monstre et les trois compagnons, il se métamorphosa en Centaure, récupéra Delm toujours inconscient, et fila au triple galop en direction de cet abri de fortune, passant sous les pattes encrées dans le sol d'Aïedal.

Celui ci compris sa tactique lorsque Temris lui envoya mentalement l'image de la corniche. Voulant couvrir la progression du Centaure, le Dragon vert projeta un nouveau jet de flammes au fond de la grotte. Le Balrog se protégea une seconde fois, bien que cela ne lui serve à rien. Cependant, en faisant ce mouvement, il stoppait son avancée. Temris eut largement le temps de se mettre à l'abri. De son côté, Aïedal ne relâchait pas la pression brûlante qu'il exerçait, tout en se déplaçant lentement. Quelques secondes après, son souffle s'évanouit. Lorsque le Balrog baissa son bras, il ne demeurait plus personne en face de lui. Aïedal était parvenu à prendre forme elfique et à se cacher derrière la saillie rocheuse alors que les dernières flammes atteignaient l'ennemi.

- Il nous faut un plan, et vite ! chuchota précipitamment l'Elfe tandis que le bruit caractéristique des pas du Balrog reprenait. Je ne peux pas grand chose contre ça ! Le Feu ne lui fait rien, et mon pouvoir de la Nature va être délicat à utiliser. Il me faut du temps pour ignifuger les végétaux.

- De toute façon, je ne crache pas de feu alors...

- Tu ne nous ai pas d'une grande aide en fait ! répliqua Zürn à moitié souriant.

Bougonnant, le Centaure évita le regard du précédant. Tout à coup, il parut inquiet. Suivant la direction de ses prunelles, l'Elfe remarqua enfin Delm.

- Ah oui, je l'avais oublié lui...

- Je le sais ! C'est moi qui le porte depuis le début ! (il se tourna vers son ami, un petit sourire en coin) Tu ne nous ai pas d'une grande aide en fait ! rajouta t-il, moqueur.

- Hum... Au lieu de faire de l'esprit, il faut soit trouver un moyen de sortir de là, soit d'abord tuer ce Balrog. Et ni toi ni moi n'avons les capacités requises pour ce second point. Par contre Delm... C'est un excellent combattant. Il peut le vaincre, j'en suis certain !

Le Balrog était maintenant plus près que jamais. Il s'était arrêté, et un souffle irrégulier pulsait à présent non loin de la cachette des trois amis. Ils comprirent qu'il cherchait leur odeur, donc qu'il ne savait pas où ils étaient. Se recroquevillant un peu plus l'un contre l'autre, ils décidèrent de communiquer mentalement.

« Delm est le combattant approprié pour vaincre ce Démon ! reprit Zürn. Remémore toi. Quand je lui ai craché du feu dessus, il se protégeait alors que cet élément ne lui inflige aucun dégât. Et maintenant il nous cherche alors qu'il n'y a qu'un seul passage dans ce tunnel. Ce Balrog n'est pas intelligent, nous arriverons à le vaincre facilement.

« Ton orgueil te tueras Zürn. (il sembla réfléchir) Il persiste tout de même un léger problème. Delm est... endormit...

« Ah ouais... Et bien tant pis, nous mourrons tous ici et maintenant !

« Toi, tu as déjà un plan en tête.

« Si on veux. Ça dépendra de toi.

« Explique toi ! Nous n'avons pas de temps à perdre !

« Connais tu l'incantation qui permet de redonner l'énergie vitale et magique à une créature ?

« Heu ça me dit vaguement quelque chose.

« Erat spiritus vitae.

« Ah oui ! La 209 !

« Tu... tu classes toutes les incantations avec des numéros ? Ce ne serait pas plus facile avec leur nom simplement ?

« Non je t'assure ! La relation que j'établis avec mes incantations me permet de redonner un sens aux nombres !

« Oui mais Tem... Heu...

« Par de ce fait, le nom de mes incantations ne se soustrait plus aux formes juridiques établies par la loi qui régit les formules magiques ! Celle ci, vieille de plusieurs centaines d'années, stipule que si tu connais une forme plus rapide de formulation, tu peux l'adopter.

« Teme...

« Et en ajoutant à cela que mon esprit est différent des vôtres, tu noteras que la difficulté est pour moi moindre ! Donc...

« TEMRIS ! On a un Balrog sur les bras ! Magne toi de faire cette incantation, et réveille Delm !

« Ah ouais non mais non non ! Pour que cette incantation fonctionne, il faut en contrepartie une énorme quantité d'énergie. Si Delm doit "refaire le plein", il faut que cette énergie provienne bien de quelque part, je ne peux pas la créer.

« Je le sais très bien. C'est pourquoi tu vas occuper le Balrog pendant que je prépare cette source d'énergie.

« Quoi !?

« Tu m'as bien compris ! Allez go ! Et reste connecté à moi par télépathie ! » ajouta l'Elfe tandis qu'il poussait le Centaure en dehors de la saillie rocheuse.


Le Centaure fût littéralement éjecté de sa cachette, se retrouvant face au gigantesque Balrog.



~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~



Temris s’était retrouvé seul, face à une créature gigantesque… poussé par un traitre d’elfe !
 
« Je te revaudrai ça ! » lui lança-t-il.
 
L’énorme créature l’avait évidemment repéré et, ne cherchant pas plus loin où pouvaient se trouver les autres, elle s’avança vers lui. Elle sembla inspirer profondément pour mémoriser son odeur. Ça ne parut pas très flatteur au centaure !
 
Néanmoins, Temris tenta une approche amicale.

- Euh… Salut !
 
Le claquement d’un fouet près de lui fut sa seule réponse, mais il doutait que ce soit un signe très amical de la part du Balrog.
 
- Bien, si tu le prends comme ça !
 
Et Temris dégaina son épée une nouvelle fois, son épée favorite du fait que ce soit la seule qu’il possède.
Sous ce défi apparent se dissimulait des pensées plus… troublées.
 
« Qu’est-ce que tu fous, bordel ! demanda-t-il à Zürn.
« Plus tu me déconcentres, plus ça prendra de temps ! »
 
Temris s’élança au galop vers l’immense créature. Qu’allait-il faire ? Il ne le savait même pas, mais il fallait gagner du temps.
Un seul coup de fouet reçu sous sa forme actuelle lui briserait sûrement tous les os et le tuerait avant même que Delm ne se réveille, mais il n’avait pas assez de place pour se battre sous forme draconique : il pourrait à peine décoller…
 
Plus il s’approchait, plus il suait à cause de la température qui grimpait en flèche. Plus il galopait, plus le sommeil que réclamait son corps pour récupérer se faisait pesant. Un saut à gauche, un autre à droite, éviter à tout prix ce satané fouet. Heureusement, la vitesse n’était pas le fort de l’ennemi, mais c’était celui du centaure !
 
Il parvint aux pieds du géant. Et il se rendit compte à quel point on pouvait se sentir petit.
Laissant cette pensée de côté, il enfonça sa lame dans ce qui semblait être la cheville du monstre. Cela eût un certain effet : le monstre poussa un hurlement, c’était déjà ça !
Effet secondaire : la créature étant faite de feu… la lame se mit à rougeoyer, menaçant de fondre complètement. Temris essaya alors de prendre appui sur une partie "solide" de son adversaire pour en retirer sa lame. Une phrase prononcée récemment lui revint en mémoire…
 
- Ne soit pas si borné Temris ! Tu sais bien que le feu ne peut être contrôlé aussi facilement !
 
Le centaure cria et retira sa main brûlée de l’adversaire. Il avait tout de même réussi à récupérer son épée presque intacte. Apparemment, il ne pouvait rien faire d’ici. Il décida de revenir à son point de départ. Il y parvint en évitant miraculeusement les coups redoublés du Balrog en colère. Le fouet claqua une nouvelle fois.
 
Un plan de dernière minute lui vint en tête. Au moins, Zürn aurait peut-être le temps de finir son incantation. Il fit face à l’ennemi. Un sourire carnassier se dessina soudain sur le visage du centaure. Ce sourire prit une toute autre dimension lorsque ses dents se changèrent en crocs. Et tandis qu'il expliquait mentalement à l'Elfe comment procéder pour les derniers préparatifs de l'incantation, ses pupilles se fendirent tandis que des écailles poussaient sur tout son corps à une vitesse affolante et qu’il gagnait en taille.
Temris rugit. Maintenant, ça devenait intéressant !
 
- Allez ! Amène-toi !
 
Oui, il allait avoir du mal à se battre, ne pouvant pas déplier complètement ses ailes. Il pouvait à peine bouger sur les côtés. Mais cette situation avait tout de même deux avantages :
 1) Même s’il n’avait pas hérité de la puissance de feu de ces ancêtres, il avait hérité de leurs capacités physiques et tout son corps présentait une certaine résistance au feu (et donc au Balrog).
2) La grotte étant étroite, il bloquait totalement la route au Balrog, qui ne pouvait donc plus atteindre les autres membres du groupe.
 
- Voilà ! s’exclama Temris tout haut. Ça c’est de la mission suicide !
 
Le Balrog commença par attaquer avec son fouet. Ce dernier lacéra plusieurs fois les épaules et l’encolure de Temris. De larges gouttes de sang tombèrent au sol. Le corps du dragon se mit aussitôt à l’œuvre pour tenter de refermer ses blessures : plaquettes et autres cellules sanguines en action. Cet effort naturel qui parait anodin, coutait beaucoup à Temris qui récupérait à peine de ses précédentes blessures. Le sommeil "réparateur" réclamait son droit et une vague soudaine lui fit tourner la tête et l’étourdit un moment, interrompant la communication mentale avec Zürn, alors qu'il lui dictait une formule à réciter.
Il se reprit en main. Un nouveau claquement et son museau était balafré de part en part. Temris sentit le liquide chaud couler autour de son œil gauche, mais il n’y prêta pas attention. Plus déterminé que jamais, il s’efforça de s’avancer vers l’immense créature.
 
Un combat au corps à corps s’engagea : cornes contre cornes, crocs contre crocs. C’était un combat perdu d’avance, Temris le savait… Mais que faisait Zürn ? Il ne l'entendait plus réciter la formule alors qu'il touchait au but !
Le dragon était de plus en plus assommé. Il donna un autre coup de corne. Et il sentit le feu. Son corps commençait à être tellement amoché que sa résistance au feu en était atteinte !
Il fallait continuer, continuer, continuer…
 
A bout de force, Temris entendit un "cri" salvateur :
 
- J’ai fini !
 
Il n’avait plus rien à faire ! Et il n’était pas mort !
 
« Je te signale… que ça fait… deux fois que… je suis… blessé par ta faute ! » déclara le combattant non sans une pointe d’humour.
 
Temris reprit sa forme de centaure pour laisser la place à Delm et Zürn. Il était soulagé, il allait enfin pouvoir se reposer ! Son corps flottait dans les airs : il n’avait pas fait attention à ce que son corps se réduise au niveau du sol. Il s’en foutait. Il était bien.
 

Il ne sut jamais s’il s’était déjà endormi avant que le poing du Balrog ne le propulse contre une paroi de l’autre côté de la grotte.



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Zürn devait maintenant agir le plus vite possible pendant que le Centaure occupait le Balrog.


Délicatement, mais avec des gestes fluides et précis, il défit le fermoir de son unique boucle d'oreille. La petite bille de verre accrocha un instant la faible lumière, avec d'émettre un craquement lorsqu'elle se brisa. Écartant les débris coupant d'un doigt, l'Elfe les laissa sur le sol de la caverne qu'ils venaient de percuter, puis ramassa ce que la bille contenait. Refermant le poing droit dessus sans pour autant serrer, recouvrant de sa main gauche le tout, il approcha vivement ses mains de sa bouche. Un flot de paroles murmurées dans le langage elfique sortit sans hésitation de ses lèvres à demi closes. Malgré qu'il ait presque tout oublié de sa langue natale, à aucun moment il ne chercha les termes, pour les avoir répétés encore et encore. Sa main droite se teinta une nouvelle fois de vert, se fluidifia. Une douleur sourde pulsa dans tout son corps tandis que la deuxième facette de sa magie s'activait. Grimaçant, Zürn continua néanmoins à réciter la formule, moitié parlant, moitié chantant. En voici le détail, suivit par sa traduction :
« Tulë cuilenna as tuilë, firë as campilossi, __________ « Naître avec le printemps, mourir avec les roses,
Rámassë vaiwo cira poica menelessë ________________ Sur l' aile du zéphyr nager dans un ciel pur,
Pendaina súmassë lótion hrailoctainë, _______________ Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses,
Suya olminen, calanen ar ninwanen _________________ S' enivrer de parfums, de lumière et d' azur,
Ilya nandissen ilya tuilëssë ________________________ Dans chaque bois à chaque printemps,
Na laica úovëa __________________________________ Il y a un vert différent.
I súrë liruva, i ëar liltuva, i cemen lostuva __________ Le vent chantera, la mer dansera, la terre fleurira
Ar meneldë Anar ar Isil caluvar. ____________________ Et dans les cieux le soleil et la lune brilleront.
Etta i mornië ar i mordor vanyuvar. _________________ Ainsi, les ténèbres et les ombres disparaîtront.
Úómar, ramas. ___________________________________ Sans voix, il crie.
Úrámar, hlapuis. _________________________________ Sans ailes, il voltige.
Únelci, nacis. ____________________________________ Sans dents, il mord.
Úanto, nurruis. » ___________________________________ Sans bouche, il murmure. »

Lorsque son murmure s'acheva, un grondement sourd monta du fond de la gorge de Zürn. La douleur était insoutenable, et il faillit tout juste perdre connaissance. Mais ce n'était pas fini. Alors qu'il ouvrait délicatement les mains dans lesquelles il sentait une légère vibration, tel un poussin dans son œuf, sur le point d'éclore, il insuffla juste ce qu'il fallait d'énergie magique à la graine minuscule à qui il avait chanté sa mélopée. La douleur disparut en même temps que s'écoulait hors de lui son énergie. Enfin, il la lâcha délicatement à terre. La puissance qu'il lui avait apporté aida la graine à briser son enveloppe extérieure afin de germer. Le chant elfique la fît naître réellement. Maintenant, elle avait une conscience. Maintenant, elle pouvait agir de son propre chef. Mais pas sous cette forme. L'Elfe prit un instant pour observer la mutation qui s'opérait. L'élément végétal, après avoir germé, se vit pousser des racines, puis des branches. Celles ci n'avaient pas de rigidité à proprement parler. Elles restaient relativement souples, biens qu'extrêmement solides. En guise de cime, un bourgeon immense s'entrouvrit, laissant apercevoir un cœur dont la nuance principale était le rose. Perdu dans la contemplation de cet élément végétal qui ne cessait de grandir, allongeant ses nombreuses branches semblables à des fouets nimbés de vert, Zürn en oubliait presque sa mission première. Il fallut qu'une secousse fasse trembler le sol pour le tirer de sa rêverie.

Laissant l'élémentaire se développer seul, il s'en écarta prudemment (ses rameaux maintenant aussi larges que l'Elfe pouvaient l'écraser contre la paroi rocheuse aussi facilement qu'un Humain écraserait un moustique). Puis il sortit un couteau du fourreau dans lequel il reposait, traça sur la poitrine de Delm (qu'il venait tout juste de dénuder) un symbole sanglant, représenta exactement le même sur un des tentacules frémissant, puis une dernière fois le même glyphe dans la roche. Il eut un peu plus de mal à exécuter ce dernier, mais avec les exhortations mentales de Temris le priant de se dépêcher, il parvint à terminer son œuvre en quelques secondes. Ceci était les bases de l'incantation. Maintenant, il fallait rajouter une série de signes de mains tout en délivrant de l'énergie, de même qu'une formule magique. Zürn ne connaissait ni l'une ni l'autre. Il demanda donc au Dragon-Centaure qui était toujours relié mentalement à lui, et il lui expliqua sans grand détails ce qu'il convenait de faire. Dans sa voix, l'Elfe perçut la peur qu'éprouvait son ami dans son combat, aussi le déconcentra t-il le moins longtemps possible avec des questions qui auraient pu s'avérer inutiles.

La première étape se déroula sans incident notoire, mis à part un léger coup de poing placé dans la mâchoire de l'Ange par inadvertance. Cependant, la seconde fût plus compliquée car, non seulement l'élémentaire avait finit de "pousser" et commençait à remuer en tout sens, s'imprégnant de sa nouvelle forme, mais également parce que Temris luttait pour se souvenir de la formule exacte, accaparé par les blessures douloureuses que lui infligeait le Balrog. Quelques minutes après, il ne restait qu'une seule phrase à énoncer. Juste avant de prononcer les mots fatidiques, l'Elfe remontât les yeux vers la créature végétale. Elle comprenait ce qu'il faisait. Ses prunelles invisibles étaient braquées sur lui. Sa bouche inexistante émit un râle de protestation.

- Pardon...

Zürn frémit. Une douleur mentale le fît hésiter. Après tout, la vie de cet élémentaire était plus précieuse que la sienne.

- Mon frère...

Une larme coula sur sa joue. Une fleur naquit sur l'extrémité de la tentacule qui se tendait lentement vers l'Elfe. Puis il prononça les derniers mots, les yeux clos.

La fleur se fana. Un soubresaut parcourut l'élémentaire. Sa magie le quittait. Et, comme une carafe d'eau se vidant de tout son contenant dans un verre vide, l'énergie du Dieu végétal se déversa par le glyphe tracé sur lui pour aller remplir celui tracé sur le sol. Ce dernier brilla de plus en plus fort, dissipant les contours des rochers irréguliers alentours. Et, tout aussi vite qu'il avait naquit, il mourut. Ses branchages verts semblèrent se dessécher en prenant une couleur plus proche du marron, ses racines ne fouillèrent plus le sol mais s'immobilisèrent en s'effritant, son tronc majestueux s'affaissa contre la paroi rocheuse. Puis sa tête s'ouvrit en deux, révélant une fleur rose aux pétales magnifiques, qui contrastèrent vivement avec la décrépitude qui s'emparait du reste de son corps. Tandis que de fins lambeaux de corolle virevoltaient dans un courant d'air infime, le glyphe tracé sur le sol émit une pulsation. Les larmes de Zürn cessèrent de couler, et résolument, il fît glisser Delm sur l'irradiante lumière. Lorsque le cœur des deux symboles se retrouvèrent pile l'un au dessus de l'autre, la lumière se déversa de celui du dessous à celui du dessus, nimbant le corps de l'Ange-Dragon dans son intégralité. Tous ses muscles se retrouvèrent illuminés de l'intérieur. Sa bouche et ses yeux s'ouvrirent en grand, projetant des faisceaux lumineux plus blanc encore que la première lueur. Puis la puissance magique s'évapora. Le dos de Delm s'arqua tandis que ses poings se crispaient violemment et ses yeux redevenaient normaux, gardant cependant une trace de douleur insupportable. Enfin, ses muscles se détendirent et son dos retoucha terre. Zürn détacha finalement son regard de la scène pour le tourner vers l'endroit où se battait Temris.

- J'ai fini ! cria t-il, en espérant que le tremblement dans sa voix ne serait perçu d'aucun.

Ce qu'il vît le choqua. Temris subissait pleinement les attaques du Balrog. Puis quand il reprit sa forme de Centaure et que le monstre le projetait d'un simple coup de poing à l'autre bout de la salle, l'Elfe eut l'impression que c'était lui qui avait reçu le coup. Son sang se glaça dans ses veines, son esprit cessa de réfléchir de façon cohérente (avait-il seulement déjà réfléchit de façon cohérente une seule fois...?), son estomac se noua, et une violente envie de vomir secoua ses tripes. Immobile, il attendit que le Balrog vienne le chercher. Plus rien n'avait d'importance maintenant, car, toujours lié par télépathie, il avait ressentit le peu de vie qui restait dans le corps de son ami avant qu'il ne rompe la connexion. Si peu. Beaucoup trop peu.

Alors que la mort enflammée s'approchait à grand pas, quelque chose effleura le bras de Zürn. Du coin de l'œil, sans y prêter attention, il vît une forme floue s'avancer vers le Démon. Puis des ailes d'une blancheur éclatante se déployèrent devant lui, cachant à sa vue le Balrog, apportant un jet de fraicheur sur le visage de l'Elfe.

«  Non, pas de fraîcheur... » rectifia celui ci.

Les ailes pures s'interposaient simplement entre la créature et lui, le protégeant de son irradiante chaleur. Le protégeant du Balrog. Delm était là, et il les protègerait tous.



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Une sorte de lueur.

C'est tout ce que vit Delm avant de se réveiller. Pourquoi ? Pourquoi s'était-il réveillé ? La brume du sommeil magique aurait dû le clouer dans les tréfonds de son âme pendant plusieurs journées, pour ne pas dire plusieurs semaines, s'il en était même ressorti un jour. Et voilà qu'au lieu de purger une peine pourtant méritée due à une utilisation excessive des pouvoirs magiques qui lui avaient été conférés, il se retrouvait debout, en pleine possession de ses moyens, les yeux ouverts avec à leur surface les reflets draconiques déterminés et dangereux qui éclipsaient le regard angélique calme comme une eau sans onde. Ses yeux n'étaient pas animés de ces puissants reflets par la simple action du hasard, mais plutôt par un instinct de survie hérité de générations de dragons blancs qui l'avaient précédé, et par un autre mécanisme qu'il n'avait jusque là jamais eu l'occasion d'exploiter pleinement à son avantage. En fait, il ne le considérait jusque là pas vraiment comme un avantage. Les esprits qui parlaient dans sa tête.
 
            C'était comme un chant qui s'élevait dans son esprit, comme si pour la première fois depuis que l'ange était tombé sur cette terre, les âmes qui entretenaient une cacophonie incessante au creux de sa pensée profonde, étaient enfin parvenues à s'harmoniser, à se compléter au lieu de s'opposer, à s'entraider au lieu de se déchirer. Elles parlaient l'une après l'autre, rapidement mais logiquement, donnant à l'hybride le sentiment d'une omniscience qu'il contrôlait avec l'aisance de l'habitude angélique et la sagesse du sang de dragon qui coulait dans ses veines. Ses yeux n'étaient pas seulement déterminés, ou dangereux, ou froids, ou sûrs, mais tout ça à la fois ajouté à une maîtrise de son corps et de son environnement qu'il n'avait jamais atteinte. Pourquoi y arrivait-il à présent ? Pourquoi parvenait-il à entrer dans cet état parfait alors qu'il aurait dû ressembler à une loque inanimée et désarticulée ? Il n'en savait rien. Et à vrai dire il ne cherchait pas à le savoir. Car son état lui interdisait de regarder le passé. Son état vivait dans le présent. Et dans le présent, il y avait le Balrog.
 
            Curieuse bête pour qui se donnait la peine de la détailler, pour peu que quelqu'un ait un jour la présence d'esprit de se dire : « tiens, un Balrog, notons ses principales caractéristiques physiques sur le carnet de route, ça fera un excellent descriptif post combat ! ». Bref, passons. Le monstre était immense, au moins une dizaine de mètres de hauteur jusqu'à la gueule. Au delà, son crâne se perdait dans des flammes d'un rouge vif teinté de blanc et de violet sur les tempes éthérées de la créature. Impossible de dire avec certitude si les flammes étaient la créature, ou si elles la dévoraient avec la même cruauté que l'on lisait dans ses yeux flamboyants. De toute façon, ça n'avait que peu d'importance. Son corps était globalement humanoïde, si l'on avait réellement envie de deviner dans les flammes qui dévoraient la majeure partie de son corps et retenues par une sorte de carapace noirâtre des bras et des jambes. Considérant que la chose était globalement anthropomorphe, on devinait qu'il tenait dans sa main droite une sorte de fouet géant traçant de fines lignes rouges dans l'air alors qu'il le maniait sans aucune difficulté. C'était une horreur venue droit des enfers. Delm allait la combattre.
 
            Ses doigts fins et animés d'une puissance qui lui semblait naturelle alors qu'elle ne l'aurait pas été autant seulement quelques heures auparavant, se rapprochèrent rapidement de son épaule droite. Il avait déjà fait ce geste. Jamais il ne l'avait fait avec autant d'assurance, avec autant de détermination, avec autant de dextérité et de rapidité. Et jamais encore il n'avait ressenti un tel vide lorsque ses doigts se refermèrent sans effleurer le pommeau glacé de la flamberge blanche qu'il avait l'habitude de porter dans son dos. Il y avait une explication logique à cette absence troublante. Son arme se trouvait quelques mètres derrière lui, il l'avait tout simplement perdue lors de son inconscience magique, il en avait à présent pleinement conscience. Cruelle contradiction.
 
            Il n'eut pas le temps de s'appesantir sur le sérieux problème qui venait de se poser. La créature chargea. Ce n'était pas une charge de bête sauvage, destructrice et irréfléchie, mais une toute autre attaque. Il s'agissait d'un concentré de malveillance calculatrice et de cruauté intelligente, une charge étoffée de subtilités telles qu'une coupure totale de retraite ou encore une légère rotation interdisant un repli vers la flamberge. Le fouet claqua dans l'air avec un bruit de fin du monde, un instant avant de s'abattre sur le pauvre hybride sans défense devant lui. Mais le pauvre hybride sans défense était loin d'être sans défense. Pauvre, ça se discutait.

            Le poids de son corps se répartit en une demi-seconde. Tout sur la droite. Delm sentit le fil brûlant du fouet démoniaque passer à quelques millimètres de son menton délicat. Puis la tension s'inversa. Il passa sous l'arme de son adversaire alors qu'elle entamait un retour dévastateur mais moins rapide et tendu que l'aller direct, et donc plus prévisible. Le déplacement d'une seule jambe. Il avait déjà gagné cette phase du combat.
           
            La suite était programmée, écrite, sans aucun imprévu. Le balrog avança pour tenter de lui couper à nouveau la retraite, mais maintenant que l'ange-dragon était passé à distance du fouet de la créature, il n'avait qu'à garder cette avance, certes ridicule, mais suffisante dans l'état où il était en ce moment. Deux pas de plus. Il se baissa rapidement, récupéra sa flamberge dont le manche poli et froid l'ancra profondément dans la réalité du combat, et se campa sur ses pieds, la lame blanche brandie devant lui. Aujourd'hui, un Balrog tomberait.

            La créature fouetta l'air rageusement à l'aide du fouet qui semblait être son plus dangereux atout, même s'il n'en était rien, et attaqua Delm avec une puissance et une rapidité qui aurait coupé le souffle à bon nombre d'adversaires. D'ailleurs, l'hybride aurait été du lot s'il n'avait pas atteint cet état de grâce qui lui permit d'effectuer un saut parfaitement contrôlé et amplifié par un infime battement d'ailes blanches, passant ainsi au-dessus de l'arme de son adversaire, et plaçant une contre-attaque d'une rapidité qui n'avait rien à envier à celle du Balrog, se déplaçant pour cela jusqu'à la racine du membre qui tenait le fouet. Delm frappa. Pas de toutes ses forces. Simplement avec la force nécessaire. Rien ne pouvait trancher le bras d'un Balrog, évidemment, mais un coup de flamberge aussi précis que puissant pouvait tout-à-fait déstabiliser la créature pour éviter qu'elle ne lance une attaque trop bien préparée.
 
            Et justement, ce qu'il fallait à l'ange-dragon était une attaque prévisible. Elle vint de la main géante qui ne tenait pas le fouet démoniaque, et s'abattit dans son dos, comme il s'y attendait. Un quart de tour sur lui-même lui permit d'esquiver l'attaque. Oh, la main n'était pas passée loin, pour bien faire il aurait fallu que Delm fasse un tour complet et une roulade de réception au sol. Mais c'était suffisant. Et ça ouvrait des possibilités d'action. Repliant ses ailes contre son corps, l'être angélique se laissa tomber jusqu'à un point bien précis de l'anatomie du Balrog, et arma son geste. Un coup. Le dernier. Il n'y en aurait pas d'autres.
 
            La flamberge blanche et pure s'enfonça dans le corps démoniaque de la créature des enfers, brutalement, prenant le Balrog complètement par surprise.
 
            Au début, rien ne se passa. Puis Delm la vit. Une lueur.

            Une sorte de lueur.



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Zürn s'était précipité vers Temris dès le premier claquement de fouet. Il ne savait que faire pour l'aider, si ce n'était stopper les quelques hémorragies à l'aides de plantes médicinales prélevées dans son sac. Quand au reste, ils auraient à nouveau besoin de Delm. Ce dernier en avait justement fini avec le Balrog, ou presque. L'immense créature s'écrasa sur le sol humide de la caverne, faisant trembler les rochers les plus instables. Une fuite plus grosse que les autres apparue au plafond.

Le feu du Balrog s'éteignait lentement tandis qu'il remuait encore légèrement. Lorsque l'Ange retira son arme du corps agonisant, un spasme de douleur convulsa le monstre, envoyant une de ses mains droit sur Delm, qui l'évita avec une aisance presque trop bien calculée. Puis le bras retomba, sans vie. La voie était libre. Regardant songeusement vers les Ténèbres qui habitaient au fond du gouffre, Zürn se demanda vaguement s'ils croiseraient à nouveau Enariel. Il avait dû prendre beaucoup trop d'avance sur eux maintenant. De toute façon, l'état dans lequel se trouvait Temris était bien trop préoccupant pour songer à se battre à nouveau.

Zürn voulait sortir de cet endroit maudit. Il était las de tout ça. Revoir le soleil lui arracha un soupir. Le poids du meurtre qu'il venait de commettre contre un Dieu végétal l'accablait. Il devait se racheter, sinon le peuple Elfe ne serait plus le seul à le rejeter. Toute la Nature le renierait. Laissant l'Ange s'occuper une nouvelle fois du Centaure, l'Elfe se dirigea vers la dépouille flétrie de l'élémentaire, escalada une racine, puis une branche, pour se retrouver au niveau de l'immense fleur. Lentement, il en préleva le cœur. Un cœur minuscule, pas plus gros qu'une petite bille. Il serra la graine entre ses doigts. Son sacrifice avait permis à trois Dragons de vivre. Désormais, ceux ci devraient honorer cet acte de folie en vivant le plus longtemps possible.

Temris se releva. Delm l'avait soigné extrêmement vite, remarqua Zürn. Le Centaure regarda ses mains, comme surpris d'être encore en vie. Il adressa un remerciement de la tête à son sauveur, ne trouvant aucun mot adéquat pour lui témoigner sa gratitude. Delm se tourna ensuite vers l'Elfe, remettant la flamberge qui s'était imprégnée de présence démoniaque dans son fourreau. Il adressa également un signe de tête à celui qui lui avait donné assez d'énergie pour vaincre un Balrog. Zürn leur adressa un sourire triste, puis se détourna vers la bout du chemin plongé dans l'obscurité, plus pour cacher ses larmes qu'autre chose. Le soulagement que tout le monde soit encore vivant se disputait au sentiment de honte qu'il éprouvait après son acte de traîtrise. Avoir tué cet élémentaire pèserait sur son cœur bien plus longtemps qu'une simple balafre sur son corps.

Les trois hybrides regardaient maintenant vers le fond de la caverne, sachant que leur destin était aussi imprévisible que ce que dissimilaient les Ténèbres au loin. Mais d'un pas résolu, sachant pertinemment qu'ils rencontreraient d'autres embuches plus difficiles à franchir encore que celle d'aujourd'hui, ils avancèrent. Un pied devant l'autre, ils disparurent dans les Ténèbres, accompagnés par leur courage, soudés par leur amitié indéfectible.
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L'éveil des Dragons. (Zürn - Temris Naffylus - Delm Lysheart - Enariel)

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